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Regard · Communication internationale

Communiquer hors de vos frontières : pourquoi traduire ne suffit pas.

Par Véronique Largeau · Automne 2026

Depuis plus de 20 ans, je travaille en communication et marketing dans le nautisme, pour des entreprises françaises et internationales, dont plus d'une trentaine de marques étrangères. La communication internationale a donc toujours fait partie de mon métier.

Et l'expérience m'a appris que se développer sur un nouveau marché ne consiste pas simplement à traduire ce qui existe déjà.

La stratégie de communication elle-même peut devoir évoluer : les objectifs, les priorités, les messages, les canaux et les actions ne sont pas nécessairement les mêmes d'un marché à l'autre.

Une entreprise française bien implantée sur son marché n'aura par exemple pas forcément la même notoriété lorsqu'elle abordera un nouveau pays. Il faudra peut-être commencer par faire connaître la marque, installer sa crédibilité, identifier les bons relais ou développer son réseau avant de chercher à promouvoir directement ses produits.

Et parfois, l'adaptation est beaucoup plus concrète.

Il y a les normes. Il y a les mots. Et il y a les usages.

J'en ai encore eu un bon exemple récemment en travaillant sur un contenu technique destiné à plusieurs marchés. Sur le papier, rien de très compliqué : plusieurs versions linguistiques d'un même contenu. Sauf qu'en regardant les informations de plus près, certaines données ne pouvaient pas simplement être reprises telles quelles. Les unités n'étaient pas toujours les mêmes. Certaines caractéristiques techniques différaient selon les marchés. Et des spécifications valables dans un pays ne l'étaient pas nécessairement dans un autre.

À ce stade, on n'est plus vraiment dans la traduction. Je ne suis pas ingénieure et ce n'est pas mon métier. Mon rôle consiste en revanche à comprendre suffisamment le sujet pour repérer qu'une information mérite d'être vérifiée, poser les bonnes questions et m'assurer que le contenu publié correspond bien au produit et au marché concernés.

C'est la même chose avec les mots. Dans le nautisme, nous utilisons beaucoup de vocabulaire technique et métier. Une traduction peut être parfaitement correcte sur le papier et pourtant ne pas correspondre au terme réellement employé sur le marché auquel on s'adresse. Un chantier, un équipementier, un distributeur, un journaliste ou un plaisancier n'utilisent d'ailleurs pas toujours les mêmes termes, y compris lorsqu'ils parlent d'un même produit.

Et puis il y a les usages, ce que l'on appelle parfois, un peu vite, les « mœurs » locales.

Avec certaines marques japonaises, par exemple, une interview se prépare très en amont et les questions sont partagées à l'avance. Ce n'est ni un manque de confiance ni une rigidité excessive, simplement une manière différente de travailler qu'il faut connaître et respecter.

Je me souviens aussi d'une conférence de presse organisée à Shanghai, en présence de représentants officiels français et chinois, où l'échange des cartes de visite restait un moment extrêmement protocolaire. Ce sont des usages, pas des détails à négliger.

Il faut aussi connaître le calendrier professionnel du marché auquel on s'adresse : jours fériés, périodes de vacances, grands rendez-vous professionnels… pour éviter de caler un lancement ou une opération presse au mauvais moment.

Le ton et le registre peuvent eux aussi varier. Dans mon travail, je ne m'adresse pas nécessairement de la même manière à un interlocuteur espagnol, italien, britannique ou néerlandais. Le niveau de familiarité, la quantité de contexte nécessaire ou la manière d'aller au sujet peuvent changer. Là encore, il ne s'agit pas d'appliquer une recette par nationalité, mais de connaître suffisamment ses interlocuteurs et son marché pour adapter sa manière de communiquer.

Alors je cherche. Je compare. Je vérifie. Et parfois, je demande.

Je ne parle pas toutes les langues et je ne connais pas tous les marchés. Et je ne prétendrai certainement pas le contraire.

En revanche, après plus de 20 ans dans le nautisme, j'ai construit un réseau international solide sur lequel je peux m'appuyer lorsqu'un terme, une interprétation ou une particularité locale mérite d'être vérifié. Savoir à qui poser la question fait aussi partie du travail.

L'IA aide. Le jugement reste essentiel.

L'IA a évidemment changé la donne. Je l'utilise moi aussi et elle nous fait gagner un temps considérable pour traduire, rechercher une terminologie, comparer des formulations ou explorer rapidement un sujet.

Mais elle ne dispense pas de réfléchir. Encore faut-il savoir qu'un chiffre mérite d'être vérifié, qu'une unité doit être adaptée, qu'un terme pourtant parfaitement traduit ne fonctionne pas dans son contexte, ou qu'un usage local change la façon dont un message doit être construit ou délivré.

C'est là que le jugement, l'esprit critique et l'expérience restent essentiels.

Traduire est un point de départ, pas une stratégie.

Et cette logique dépasse largement les contenus.

Lorsqu'une entreprise française du nautisme souhaite se développer à l'international, traduire son site, ses brochures, ses publications sur les réseaux sociaux ou ses communiqués de presse est un point de départ, pas une stratégie. Il faut aussi se demander ce que l'entreprise cherche à obtenir sur ce nouveau marché, qui elle veut toucher, quels messages elle souhaite porter et quels canaux et actions sont réellement pertinents.

Même chose dans l'autre sens. Une entreprise internationale du nautisme qui souhaite développer sa présence en France ne peut pas simplement traduire en français ce qu'elle fait déjà ailleurs et considérer le travail terminé. Sa stratégie doit elle aussi être regardée à travers le prisme du marché français.

Cela ne signifie pas qu'il faut tout refaire. Une partie du travail consiste justement à déterminer ce qui peut rester tel quel, ce qui mérite d'être adapté et ce qui doit réellement être repensé.

C'est sur cette passerelle que j'interviens aujourd'hui : accompagner les entreprises françaises du nautisme dans leur communication à l'international et les entreprises étrangères qui souhaitent développer leur présence et leur visibilité en France.

Avec les outils dont nous disposons aujourd'hui, traduire n'a probablement jamais été aussi simple.

Savoir quoi traduire, quoi adapter, quoi vérifier et, parfois, quoi remettre en question demande toujours un peu plus de travail.

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